À la fin des années 1970, Sylvester Stallone est au sommet. Grâce à Rocky, sorti en 1976, l’acteur devient une star mondiale et un symbole de réussite hollywoodienne. Mais dans la foulée de ce triomphe, il s’engage dans un projet bien plus controversé : F.I.S.T. (1978), un film réalisé par Norman Jewison qui, malgré ses ambitions, restera comme l’un des revers les plus discutés de sa carrière.
Un projet ambitieux après Rocky
Après le succès phénoménal de Rocky, Sylvester Stallone attire toutes les convoitises. C’est dans ce contexte que Norman Jewison, impressionné par sa performance, lui propose le rôle principal de F.I.S.T.. Le film raconte l’ascension de Johnny Kovak, un ouvrier devenu leader syndical dans un univers mêlant luttes sociales et influences mafieuses.
Le scénario est signé par Joe Eszterhas, alors débutant à Hollywood. Mais très vite, un problème de taille apparaît : le script est gigantesque, atteignant près de 400 à 500 pages — soit l’équivalent de plusieurs films.

Une réécriture au cœur d’un conflit explosif
Selon la version de Joe Eszterhas, Sylvester Stallone n’aurait jamais réellement participé à l’écriture. Il accuse même l’acteur d’avoir revendiqué un crédit de co-scénariste à des fins de reconnaissance et de marketing, profitant de son statut post-Rocky.
À l’inverse, Sylvester Stallone défend une toute autre version. Il affirme que le script initial ressemblait davantage à un roman qu’à un scénario exploitable, et qu’il a dû, avec Norman Jewison, le retravailler en profondeur pour le rendre tournable. Une intervention qu’il considère légitime pour obtenir un crédit de co-auteur.
Cette opposition frontale entre les deux hommes donne lieu à une véritable guerre médiatique, chacun accusant l’autre de s’approprier le travail. Une querelle devenue, avec le temps, l’un des conflits les plus célèbres entre acteur et scénariste à Hollywood.
Un échec relatif mais marquant
Sorti en 1978, F.I.S.T. ne rencontre pas le succès espéré. Avec environ 20 millions de dollars de recettes pour un budget de 8 millions, le film n’est pas un fiasco total… mais il souffre inévitablement de la comparaison avec Rocky, qui avait dépassé les 100 millions au box-office.
La critique, quant à elle, se montre sévère. Le film est jugé trop dense, parfois confus, et victime de son ambition narrative. Cette réception tiède contribue à en faire un projet oublié du grand public, malgré ses qualités.
Aujourd’hui, F.I.S.T. est parfois réévalué comme une œuvre intéressante, voire sous-estimée, mais il reste associé à cette polémique autour de son écriture.
Une polémique qui dépasse le film lui-même
Ce qui rend l’histoire de F.I.S.T. si fascinante, ce n’est pas seulement le film, mais ce qu’il révèle du fonctionnement d’Hollywood. À une époque où Sylvester Stallone devient une figure incontournable, la question de la paternité artistique se heurte aux réalités du pouvoir et de la notoriété.
Finalement, les deux versions ne sont peut-être pas incompatibles : un scénario initial trop volumineux, retravaillé pour le cinéma, mais dont la transformation a suscité des tensions sur la reconnaissance du travail de chacun.
Avec le recul, même Joe Eszterhas et Sylvester Stallone finiront par se réconcilier. Mais le débat, lui, reste ouvert : qui a réellement écrit F.I.S.T. ? Peut-être, comme souvent dans le cinéma, la vérité se situe quelque part entre les deux.





