Avec Sarah Bernhardt, la divine, le réalisateur Guillaume Nicloux propose bien plus qu’un biopic classique. Plutôt qu’une reconstitution fidèle et chronologique de la vie de la célèbre tragédienne du XIXe siècle, le film adopte une approche libre, presque impressionniste, privilégiant l’élan vital et la personnalité hors norme de l’artiste. Un choix assumé qui peut surprendre, mais qui permet d’approcher au plus près l’essence de celle qui fut une véritable icône de son temps.
Le récit se concentre sur une période clé de la vie de Sarah Bernhardt, entre sa consécration à la fin du XIXe siècle et l’amputation de sa jambe en 1915. Plutôt que de multiplier les repères historiques, le film choisit de mettre en lumière une relation passionnée avec le comédien Lucien Guitry, incarné par Laurent Lafitte. Cette focalisation, nourrie de libertés narratives, sert de fil conducteur pour explorer l’intimité émotionnelle de l’actrice et son rapport incandescent à la vie.

Au centre du film, Sandrine Kiberlain livre une interprétation habitée, qui dépasse la simple ressemblance physique. Peu importe la fidélité visuelle : ce qui importe ici, c’est la capacité à restituer une énergie, une présence, une manière d’être au monde. L’actrice incarne une femme insaisissable, à la fois exaltée et vulnérable, capable de transformer ses blessures en matière artistique. Malgré les épreuves physiques et personnelles, Sarah Bernhardt apparaît comme une figure indomptable, animée par un désir constant de vivre intensément.
Le film insiste sur cette vitalité débordante, cette volonté de s’affranchir des conventions sociales et de s’approprier tous les aspects de l’existence. À travers ses excès, ses contradictions et ses engagements, la comédienne devient une figure à la fois fascinante et dérangeante, admirée autant qu’incomprise par ses contemporains. Cette dualité nourrit le récit et lui confère une dimension profondément humaine.
Guillaume Nicloux soigne également l’esthétique du film, reconstituant avec précision l’atmosphère de la bourgeoisie parisienne de l’époque. Les décors et les costumes, riches et détaillés, participent à créer un univers visuel immersif, en accord avec le goût de Bernhardt pour le spectaculaire et l’extravagance. Le film évoque aussi les grandes figures et événements de son époque, sans jamais perdre de vue son sujet principal : une femme qui a fait de sa vie une œuvre.
Les dialogues, portés par un casting solide, contribuent à donner corps à cet univers. Autour de Sandrine Kiberlain gravitent des personnages qui éclairent différentes facettes de la comédienne, qu’il s’agisse de ses proches, de ses collaborateurs ou de sa famille. Ces interactions permettent de mieux comprendre les tensions, les désirs et les contradictions qui ont façonné son parcours.
Au-delà du portrait d’une artiste, Sarah Bernhardt, la divine s’attache à capter une philosophie de vie. Celle d’une femme qui refuse les limites, qui embrasse ses passions sans retenue et qui transforme chaque expérience, même la plus douloureuse, en source de création. Le film ne cherche pas à figer une légende, mais à la faire vibrer, à la rendre tangible et profondément vivante.
En s’éloignant des codes traditionnels du biopic, Guillaume Nicloux livre ainsi une œuvre singulière, où l’émotion et la liberté priment sur l’exactitude historique. Porté par une Sandrine Kiberlain intense et engagée, le film réussit à faire ressentir ce qui a fait la singularité de Sarah Bernhardt : une force de vie hors du commun, capable de traverser les époques et de continuer à fasciner aujourd’hui.






