Avant de revenir avec Balle perdue 3, Alban Lenoir s’offre un détour remarqué par le grand écran avec Rapide, un film qui mêle comédie, action et sport automobile. Réalisé par Morgan S. Dalibert, ce long-métrage propose une immersion accessible dans l’univers de la course, tout en s’appuyant sur une dynamique de duo classique mais efficace. Sans chercher à rivaliser frontalement avec les superproductions américaines attendues sur le même terrain, le film s’impose comme une proposition solide et divertissante.
Figure désormais bien installée du cinéma d’action français, Alban Lenoir poursuit ici sa collaboration avec Dalibert après AKA. Mais là où leurs précédents projets privilégiaient une tonalité sombre et musclée, Rapide adopte une approche plus légère, sans renoncer à une certaine crédibilité. Le récit suit Max, une jeune pilote déterminée à se frayer un chemin jusqu’aux plus hautes sphères de la compétition automobile, en passant par les étapes incontournables de formation.

Dans ce parcours exigeant, le personnage incarné par Alban Lenoir joue un rôle central. Loin de ses figures d’action habituelles, il endosse ici celui d’un mentor atypique, à la fois excentrique et expérimenté. Ce positionnement lui permet d’explorer un registre plus comique, tout en conservant une présence physique et une intensité qui rappellent ses rôles précédents. Cette dualité apporte au film une énergie particulière, oscillant entre humour et transmission.
Face à lui, Paola Locatelli incarne l’héroïne avec une assurance inattendue. Après des débuts jugés hésitants, l’actrice surprend par la justesse de son interprétation. Elle parvient à rendre crédible l’évolution de son personnage, entre fragilité, colère contenue et détermination. Cette progression constitue l’un des points d’ancrage du film, renforçant l’implication du spectateur dans son parcours.
Sur le plan narratif, Rapide assume pleinement ses influences. Le schéma du mentor et de l’élève, déjà largement exploité dans le cinéma, est ici revisité sans prétention, avec une efficacité certaine. Le film multiplie les clins d’œil à des œuvres emblématiques, tout en conservant une identité propre, ancrée dans l’univers de la course automobile.
La mise en scène de Morgan S. Dalibert témoigne d’une réelle maîtrise visuelle. Ancien directeur de la photographie, il accorde une attention particulière à l’image, alternant entre séquences de course dynamiques et moments plus intimistes. Les scènes sur circuit bénéficient d’un découpage lisible, évitant l’excès de montage rapide, tandis que certaines séquences plus calmes offrent une respiration bienvenue.
Si le film prend parfois des libertés avec le réalisme, notamment dans certaines situations spectaculaires, il conserve une volonté d’ancrage dans le fonctionnement du milieu. Le parcours de Max met en lumière les étapes nécessaires pour accéder aux compétitions de haut niveau, tout en évoquant les contraintes financières et les enjeux liés aux sponsors.
Par ailleurs, Rapide aborde la question de la place des femmes dans un sport encore largement dominé par les hommes. Sans adopter un discours frontal, le film intègre cette dimension à travers les obstacles rencontrés par son héroïne. La réflexion se veut nuancée, évoquant à la fois les préjugés persistants et les réalités physiques du sport, tout en laissant la performance comme critère ultime de reconnaissance.
Au final, Rapide s’impose comme un divertissement efficace, porté par un duo convaincant et une mise en scène maîtrisée. Sans révolutionner le genre, le film trouve son équilibre entre spectacle et sincérité, offrant à Alban Lenoir un nouveau terrain d’expression avant de retrouver l’univers plus explosif de Balle perdue.






