À l’occasion de la diffusion de Super Mario Bros, le film à la télévision, l’engouement autour de sa version française refait surface. Dès la sortie des premières bandes-annonces en 2022, un phénomène inattendu s’est produit : la VF a suscité un enthousiasme massif, parfois même supérieur à celui de la version originale. Une situation rare, qui interroge sur les raisons d’un tel succès.

Dès les premières images dévoilées par Nintendo et Illumination, les fans ont immédiatement réagi, non seulement à la qualité visuelle du film, mais surtout au travail de doublage. Là où la version originale reposait sur des stars hollywoodiennes comme Chris Pratt, Charlie Day ou encore Anya Taylor-Joy, la version française s’appuyait sur des comédiens de doublage expérimentés. Pierre Tessier prêtait ainsi sa voix à Mario, Benoît Dupac à Luigi, Audrey Sourdive à Peach et Jérémie Covillault à Bowser.
Très rapidement, les extraits en français ont circulé à l’international, suscitant des réactions enthousiastes, y compris aux États-Unis. Certains spectateurs allaient jusqu’à affirmer préférer l’interprétation de Pierre Tessier à celle de Chris Pratt, pourtant tête d’affiche de la version originale. Ce phénomène, rare dans l’industrie, a contribué à installer la VF comme un véritable objet de discussion au-delà des frontières françaises.
L’une des clés de ce succès réside dans le choix assumé de ne pas recourir au « star-talent », une pratique consistant à confier le doublage à des célébrités issues d’autres domaines pour des raisons marketing. Si cette stratégie peut parfois fonctionner, elle est aussi régulièrement critiquée pour son manque d’authenticité. Dans le cas de Super Mario Bros, la directrice artistique Valérie Siclay a défendu l’idée de faire appel à des professionnels du doublage, mettant en avant leur expertise et leur capacité à incarner les personnages avec précision.
Ce choix s’est révélé déterminant. Les comédiens ont travaillé à restituer non seulement les intentions des voix originales, mais aussi l’esprit du jeu vidéo, notamment en s’inspirant de la voix emblématique de Mario incarnée par Charles Martinet. Pierre Tessier, en particulier, a cherché à retrouver une tonalité joyeuse et ludique, fidèle à l’identité du personnage, tout en apportant sa propre interprétation.
L’adhésion du public tient également à la qualité technique du doublage. Le rythme, l’intonation et la musicalité des dialogues ont été largement salués, renforçant l’immersion et la cohérence de l’ensemble. Là où certaines versions internationales ont été critiquées pour leur manque de naturel, la VF a été perçue comme plus fluide et plus en phase avec l’univers du film.
Face à cet engouement, les studios ont dû prendre en compte les attentes du public. Le succès des bandes-annonces a même contribué à maintenir l’équipe de doublage initiale pour la version finale, évitant ainsi un changement vers des voix plus « médiatiques ». Cette décision a été perçue comme une victoire pour les professionnels du doublage, souvent relégués dans l’ombre malgré leur rôle essentiel.
Au-delà du cas spécifique de Super Mario Bros, cet épisode relance le débat sur la place du star-talent dans l’industrie. Le succès de la VF montre qu’un travail précis, porté par des spécialistes, peut non seulement rivaliser avec les versions originales, mais parfois même les surpasser dans la perception du public.
Ainsi, l’engouement autour de la version française ne relève pas du hasard. Il témoigne d’une reconnaissance croissante du savoir-faire des comédiens de doublage, capables de donner une nouvelle dimension à des œuvres déjà populaires. Un phénomène qui pourrait, à terme, influencer les choix artistiques des studios et redéfinir les attentes du public en matière de doublage.






