Lors de la 50ᵉ cérémonie des Cesar Awards, une invitée prestigieuse a particulièrement attiré l’attention. L’actrice américaine Julia Roberts, l’une des figures les plus emblématiques du cinéma hollywoodien, y a reçu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Cette distinction, remise chaque année à une personnalité marquante du cinéma international, venait souligner l’influence durable de l’actrice sur plusieurs décennies de production cinématographique.

Au cours de cette soirée, Julia Roberts a également surpris les journalistes en révélant une préférence cinématographique inattendue. Interrogée sur son film français favori, beaucoup auraient pu s’attendre à ce qu’elle cite un classique du cinéma hexagonal signé par un grand nom comme Truffaut, Godard ou Audiard. Pourtant, la réponse de l’actrice s’est révélée beaucoup plus singulière. Son œuvre française préférée n’est pas un long-métrage, mais un court film expérimental devenu culte : C’était un rendez-vous.
Réalisé en 1976 par Claude Lelouch, ce film d’environ huit minutes est aujourd’hui considéré comme une curiosité du cinéma. Malgré sa durée très brève, il a acquis au fil des années une réputation presque mythique parmi les amateurs de cinéma et les passionnés d’automobile. Son principe est simple, mais particulièrement audacieux : toute la séquence est filmée en un seul plan-séquence, sans aucune coupure.
La caméra, fixée à l’avant d’une voiture, enregistre une course effrénée à travers les rues de Paris encore désertes au petit matin. Le spectateur suit ainsi un trajet à grande vitesse à travers plusieurs avenues et carrefours emblématiques de la capitale. L’expérience visuelle repose entièrement sur la sensation de mouvement et la tension créée par la progression rapide du véhicule dans un espace urbain normalement soumis à de nombreuses règles de circulation.
Pendant longtemps, une rumeur persistante affirmait que la voiture était conduite par le pilote automobile Jacques Laffite. Cette version a circulé durant des années, contribuant à nourrir la légende entourant le film. En réalité, le conducteur était le réalisateur lui-même. Claude Lelouch a reconnu plus tard qu’il avait pris le volant pour tourner la séquence.
Le tournage s’est déroulé sans autorisation officielle, ce qui renforce encore la dimension audacieuse du projet. Le véhicule utilisé était une Mercedes 450 SEL équipée d’un moteur V8. Selon les propres déclarations du cinéaste, certaines portions du parcours auraient été parcourues à une vitesse proche de 200 kilomètres par heure, notamment sur la longue ligne droite de l’avenue Foch.
La scène montre également la voiture franchissant plusieurs feux rouges sans s’arrêter, ce qui a naturellement attiré l’attention des autorités après la diffusion du film. Peu de temps après le tournage, Claude Lelouch fut convoqué par la préfecture de police de Paris afin de s’expliquer sur les conditions de réalisation de cette séquence spectaculaire.
Au-delà de l’aspect risqué de l’expérience, le film comporte aussi une particularité technique intéressante. Le son du moteur que l’on entend dans la bande sonore ne correspond pas au véhicule réellement utilisé. En post-production, Lelouch a remplacé le bruit de la Mercedes par celui d’une Ferrari 275 GTB, afin d’accentuer la puissance et la tension sonore de la course.
Avec le recul, le réalisateur lui-même a évoqué ce court-métrage comme une œuvre représentative de son état d’esprit à l’époque. Dans plusieurs entretiens accordés au début des années 2000, il expliquait que ce film reflétait une certaine audace, voire une forme de témérité qui caractérisait son approche du cinéma durant ces années. Pour lui, cette réalisation symbolisait une manière de créer en dépassant volontairement certaines limites.
Malgré sa durée extrêmement courte, C’était un rendez-vous a exercé une influence durable sur la mise en scène des poursuites automobiles au cinéma. Plusieurs réalisateurs ont reconnu s’en être inspirés pour concevoir leurs propres séquences d’action.
Parmi eux figure notamment John Frankenheimer, qui a dirigé le film Ronin. La célèbre poursuite automobile de ce long-métrage, tournée dans les rues de Paris, reprend en partie l’idée d’une caméra embarquée donnant au spectateur l’impression d’être au cœur de l’action.
Plus récemment, Christopher McQuarrie a également évoqué l’influence de ce court-métrage lors de la préparation d’une scène spectaculaire dans Mission: Impossible – Fallout. Dans cette séquence, le personnage interprété par Tom Cruise traverse les rues de Paris à moto dans une poursuite particulièrement intense.
Le choix de Julia Roberts de citer ce film comme son œuvre française favorite peut donc sembler surprenant au premier abord. Pourtant, il révèle une sensibilité cinéphile attentive aux expériences visuelles singulières et aux objets filmiques atypiques. Malgré sa simplicité apparente, C’était un rendez-vous reste un exemple marquant de cinéma expérimental capable de produire une forte impression avec des moyens limités.
Près d’un demi-siècle après sa réalisation, ce court-métrage continue d’être découvert et commenté par de nouveaux spectateurs. Sa réputation s’est construite progressivement, nourrie à la fois par son audace technique, son tournage clandestin et son influence sur plusieurs générations de cinéastes.
En révélant son attachement à cette œuvre, Julia Roberts rappelle aussi qu’au-delà des grandes productions et des films les plus connus, certaines créations plus modestes peuvent laisser une trace durable dans l’histoire du cinéma. Parfois, quelques minutes suffisent à marquer durablement l’imaginaire collectif.








