Il fut un temps où tant de vies se déroulaient dans la retenue. Chaque parole pesée, chaque geste contenu. La peur de déplaire, de déranger, d’être mal perçu guidait les choix quotidiens. Alors, on s’adaptait, on se taisait, on se pliait—en espérant que cette gentillesse silencieuse serait un jour reconnue.
Mais la vie ne répond pas toujours à ce genre de compromis.

À force de se rendre disponible, on s’efface. Les limites disparaissent, les attentes s’installent, et l’on se retrouve entouré, mais profondément seul. Une solitude née non pas de l’absence des autres, mais de l’oubli de soi.
Puis vient la fatigue. Pas celle qui crie, mais celle qui s’installe doucement. Et dans cette lassitude, une décision discrète se forme : commencer à se traiter avec plus de tendresse.
Partir lorsque l’autre est en retard, non par orgueil, mais par respect de son temps. Refuser ce qui ne résonne plus. Accueillir l’ennui, le repos, le silence sans culpabilité. Peu à peu, l’attention se déplace vers l’intérieur—vers ce que l’on ressent vraiment.
Et l’on découvre que le regard des autres n’a jamais eu autant de pouvoir qu’on le croyait.
Lorsque les explications cessent et que les limites apparaissent, tout ne s’effondre pas. Certains s’éloignent, d’autres restent. Ceux qui restent le font avec sincérité.
Étrangement, le respect naît souvent de l’estime que l’on se porte à soi-même. La douceur n’est plus un sacrifice, mais un choix lucide.
On apprend à lâcher ce qui pèse, à s’éloigner de ce qui trouble, à dormir lorsque le cœur est lourd, à effacer ce qui n’apaise plus. À dire l’amour quand il se présente. À manger quand le corps appelle.
La vie est brève. Trop brève pour l’hésitation permanente, pour les renoncements inutiles. Grandir, ce n’est pas supporter davantage, mais savoir quand se préserver.
Être doux avec soi-même n’est pas de l’égoïsme. C’est un acte de responsabilité. Et peut-être est-ce là que commence une forme de paix durable, simple et profondément humaine.





