Il y a des jours qui passent lentement, mais qui laissent peu de traces. Je me lève, je vais travailler, je réponds aux messages, je remplis mes obligations. De l’extérieur, tout semble fonctionner normalement. Pourtant, à l’intérieur, quelque chose manque. Je ne suis pas vraiment malheureux, mais je ne me sens pas pleinement vivant non plus.
Rien de dramatique ne m’est arrivé. Ma vie pourrait même être considérée comme stable. C’est précisément ce qui rend cette fatigue si difficile à expliquer. Comment dire que l’on est épuisé quand rien, en apparence, ne justifie cet épuisement ? Comment mettre des mots sur un malaise diffus, sans événement précis, sans catastrophe visible ?

On me parle souvent d’avenir. De projets, de plans, de progression. Il faudrait savoir où je vais, ce que je veux devenir, comment améliorer ma vie. Ces paroles sont souvent pleines de bonnes intentions. Elles viennent de la famille, des proches, de personnes qui veulent mon bien. Et je le sais. Mais plus on me rappelle ce que je devrais faire, plus je me sens perdu. Non pas parce que je refuse d’avancer, mais parce que je ne sais plus vers quoi avancer.
Il y a une pression constante à aller mieux, à être plus fort, plus motivé, plus clair. Comme si ne pas savoir était déjà une faute. Comme si faire une pause équivalait à reculer. Dans ce monde où tout pousse à avancer, rester immobile devient presque honteux.
J’ai appris à dire que tout va bien. C’est devenu une réponse automatique. Je souris, je rassure, je minimise. Non pas parce que je mens, mais parce que je ne sais pas comment expliquer ce que je ressens vraiment. Dire que je suis fatigué sans raison précise. Dire que je me sens vide sans être triste. Dire que je vis, mais que je ne me reconnais plus dans cette vie.
Le travail occupe mes journées. Il ne me détruit pas, mais il ne me nourrit pas non plus. Je fais ce que j’ai à faire, par responsabilité, par habitude. Les jours se ressemblent, et je n’ai plus l’impression de me diriger quelque part. Quand la journée se termine, il ne reste souvent plus assez d’énergie pour penser à demain.
La famille s’inquiète, pose des questions, attend des réponses. Ces questions sont légitimes, mais elles mettent en lumière ce que je n’arrive pas à formuler : je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je veux. Je ne sais pas ce qui me rendrait heureux. Et cette incertitude devient, elle aussi, une source de fatigue.
Le soir, il m’arrive de rester assis longtemps, sans rien faire. Ni triste, ni apaisé. Juste là, dans une forme de vide silencieux. Je pense à l’avenir, mais il reste flou. Je pense au présent, mais il me semble répétitif. Je me dis que je devrais être plus fort, mais cette force ressemble de plus en plus à un masque.
Peut-être que le plus épuisant n’est pas la vie elle-même, mais l’obligation permanente de prouver que tout va bien. De rassurer les autres. De montrer que l’on tient le coup. Alors je souris, même quand je n’en ai pas la force. Non pour faire semblant, mais pour ne pas inquiéter, pour ne pas décevoir.
Certains jours, je fais seulement ce qu’il faut pour tenir. Passer la journée. Ne pas m’effondrer. Continuer, sans trop réfléchir. Et dans ces moments-là, je me demande si cela suffit.
Peut-être qu’il existe des périodes dans la vie qui ne sont pas faites pour grandir, mais simplement pour survivre. Pas pour avancer vite, mais pour rester debout. Peut-être que le simple fait d’être encore là, malgré la fatigue et le flou, est déjà une forme d’effort.
Je ne sais pas quand je me sentirai à nouveau pleinement vivant. Mais si aujourd’hui je fais seulement semblant de vivre, cela ne signifie pas que j’ai échoué. Peut-être que je suis simplement en train d’apprendre à ralentir, à respirer, en attendant le moment où vivre redeviendra quelque chose de naturel, et non un combat quotidien.





