Diffusé pour la première fois en clair ce dimanche soir, Nous, les Leroy s’impose comme l’une des comédies françaises les plus touchantes de ces dernières années. Réalisé par Florent Bernard, dont il s’agit du premier long-métrage, le film avait été salué dès sa sortie, remportant notamment le Grand Prix du Festival de l’Alpe d’Huez en 2024, avant de séduire plus d’un demi-million de spectateurs en salles.
Derrière son apparente légèreté, le film explore avec finesse les fragilités d’un couple en bout de course. Sandrine Leroy, incarnée par Charlotte Gainsbourg, a pris sa décision : elle veut divorcer. Après des années de vie commune, les enfants ont grandi, et le quotidien s’est transformé en une routine étouffante, marquée par des tensions et des mots qui blessent. Face à cette rupture imminente, son mari Christophe, joué par José Garcia, refuse d’abandonner sans tenter une dernière fois de raviver la flamme.
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Son idée : organiser un ultime week-end en famille, sur les routes qui ont jalonné leur histoire. Un voyage à quatre, avec leurs enfants, à travers les lieux symboliques de leur passé commun. Ce point de départ, presque classique, devient sous la caméra de Florent Bernard un dispositif narratif subtil, où chaque étape agit comme un miroir des désillusions et des espoirs déçus.
Le film se distingue par sa construction, alternant les points de vue entre parents et enfants. Lily Aubry et Hadrien Heaulmé, dans les rôles des adolescents, apportent un regard à la fois lucide et sensible sur cette famille en crise. Leur présence permet d’élargir le propos, en montrant que les fractures du couple parental résonnent inévitablement chez ceux qui en sont les témoins.
Au fil de ce périple, les Leroy revisitent des lieux chargés de souvenirs. Mais ces décors, autrefois empreints de magie, semblent avoir perdu leur éclat. Cette confrontation entre passé idéalisé et présent désenchanté constitue l’un des fils rouges du récit. Les rencontres qu’ils font en chemin — parfois absurdes, souvent déstabilisantes — renforcent cette impression d’un monde qui ne correspond plus à leurs attentes.

Florent Bernard filme avec attention ces espaces du quotidien, qu’il s’agisse de zones industrielles ou de petites villes anonymes. Sous son regard, ces lieux ordinaires acquièrent une dimension presque poétique, révélant une humanité discrète mais bien réelle. Cette approche rappelle, par certains aspects, le cinéma de Patrice Leconte, auquel le réalisateur semble rendre un hommage implicite.
Mais c’est dans son équilibre entre comédie et émotion que Nous, les Leroy trouve sa véritable singularité. Le film navigue constamment entre le rire et le malaise, cherchant la drôlerie dans les situations les plus inconfortables, et inversement. Certaines scènes, volontairement maladroites ou gênantes, traduisent avec justesse la difficulté de communiquer au sein d’un couple en crise.
Si la première partie peut parfois donner l’impression de chercher son rythme, la seconde s’impose avec une intensité émotionnelle remarquable. Le ton se fait plus direct, plus sincère, et le film gagne en profondeur. Les non-dits éclatent, les blessures se dévoilent, sans jamais tomber dans le pathos.
Dans ce registre, José Garcia et Charlotte Gainsbourg livrent des performances particulièrement marquantes. Loin de leurs rôles habituels, ils incarnent ici deux êtres usés, imparfaits, mais profondément humains. Leur alchimie, faite de tensions et de silences, donne au film une authenticité rare. Beaucoup y verront sans doute l’une de leurs collaborations les plus abouties depuis longtemps.
Au-delà de son récit intime, Nous, les Leroy propose une réflexion universelle sur le couple, le temps qui passe et les souvenirs qui se délitent. Peut-on réellement raviver un amour abîmé ? Ou faut-il accepter que certaines histoires aient une fin ? Sans apporter de réponse définitive, le film invite à regarder ces questions avec honnêteté.
Entre rires discrets et émotions à fleur de peau, ce road trip familial confirme l’émergence d’une nouvelle voix dans le paysage du cinéma français. Un premier film imparfait, mais profondément sincère, qui touche là où il est le plus difficile de tricher : dans la vérité des sentiments.






