Au début, il nous suffit de peu. Puis ce peu appelle davantage. Et lorsque le “davantage” devient habituel, le désir s’élargit encore. Jusqu’au jour où presque tout disparaît, et où l’on comprend, dans un silence tardif, qu’un peu avait toujours été suffisant.
La vie commence avec une modestie naturelle. Un travail qui permet de vivre, un lien où l’on peut se fier, un corps assez solide pour traverser la journée. À cette époque, la joie est discrète. Un repas simple, un sommeil profond, une soirée sans inquiétude.

Mais le cœur humain se transforme avant les circonstances. À mesure que les conditions s’améliorent, les attentes grandissent. Ce qui rassurait hier devient banal aujourd’hui, puis insuffisant demain. Non parce que la vie est dure, mais parce que nous avons déplacé notre regard.
La sagesse contemplative ne condamne pas le désir. Elle invite seulement à l’observer. Quand l’esprit se tend vers “plus”, il cesse d’habiter l’instant. Nous vivons en préparation, rarement en présence.
Souvent, il faut un arrêt forcé — une fatigue, une perte, une rupture — pour retrouver l’essentiel. Alors, les choses simples reprennent leur place. Manger sans se presser. Dormir sans craindre le lendemain. Parler sans intention cachée.
Ce que l’on appelle “assez” ne dépend pas de ce que l’on possède, mais de ce que l’on peut encore habiter en paix. Lorsque l’on cesse de vouloir remplir, on découvre que l’essentiel était déjà là.





